Mai 2010
Joseph Crespo, secrétaire général de la CFTC Métallurgie, explique la position de la fédération sur l'avenir des retraites, et souligne l'importance du vote des députés et sénateurs. Il existe des métiers pénibles et la réforme devra en tenir compte.
Vous venez d’écrire une lettre ouverte aux parlementaires qui présente un certain nombre de principes et de propositions « pour un développement durable des retraites ». Pourquoi l’envoyer aux députés et sénateurs ?
La réforme des retraites est de la responsabilité du gouvernement, et contrairement à ce que l’on croit trop souvent, ce n’est pas le fruit d’une négociation avec les syndicats. Le gouvernement consulte les organisations syndicales mais il ne négocie pas avec elles.
Ce sont donc les députés et les sénateurs qui lors d’un vote au Parlement, vont « faire la loi ». Pour comprendre l’importance du vote au parlement, rappelez-vous la taxe carbone que le gouvernement a voulu mettre en place et qui a été rejetée par les députés et sénateurs.
Avec cette lettre ouverte, nous voulons les sensibiliser et les influencer afin qu’ils tiennent compte de notre vision et de nos demandes, à travers notamment des amendements.
Qu’attendez-vous de cette lettre ouverte ?
J’attends que les députés et les sénateurs nous reçoivent afin de débattre avec eux de nos propositions. Je reçois d’ailleurs actuellement beaucoup de réponses de leur part sur lesquelles je compte m’appuyer pour défendre nos propositions au cours de rencontres et de rendez-vous.
Parmi les propositions innovantes que vous avancez, il y a celle des cinq années blanches et également la mise en place d’un Salaire minimum interprofessionnel de retraite (SMIR). N’est-ce pas une proposition un peu utopique ou irréaliste ?
La responsabilité d’un syndicaliste, c’est de lutter contre les injustices. Prendre en compte cinq années blanches, c’est tout simplement réduire une injustice. Un jeune qui fait des études, pourquoi le pénaliser ? Un salarié malade, pourquoi le pénaliser ? Un salarié au chômage, pourquoi le pénaliser ? Nous voulons que tout le monde soit sur un pied d’égalité : ces cinq années ne doivent pas amputer la retraite à taux plein.
Quant au SMIR, il se base sur un constat : en 10 ans, nous sommes passés de 2 millions à presque 7 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté. La mise en place d’un SMIR, c’est la mise en place d’un bouclier contre la misère pour une vie décente pour tous les salariés à la retraite.
Comment allez-vous convaincre les parlementaires ?
Il faut faire réfléchir nos parlementaires sur les conséquences de leur vote. Pour nous, ce qui compte avant tout, ce n’est pas l’âge mais la rémunération.
En 15 ans, nous sommes passés d’une retraite qui représentait près de 80% du salaire brut à une retraite représentant 56,5% du salaire brut ; ce qui n’a pas empêché les gouvernements successifs de prolonger la date du départ à la retraite. Je constate en effet que plus on reste longtemps en activité, plus on va vers une diminution du montant de la retraite !
« On ne peut pas nier qu’il existe des métiers pénibles »
Pensez-vous être entendu sur la question de la pénibilité ? Et pourquoi cet aspect est-il si important à vos yeux ?
On ne peut pas nier qu’il existe des métiers pénibles. L’erreur, c’est d’avoir voulu négocier la pénibilité au niveau interprofessionnel. Parce que c’est un fourre-tout qui fait indirectement le jeu des patrons : à un moment donné, c’est devenu tellement compliqué, les métiers sont tellement différents que, en quatre ans, on n’a pas trouvé d’accord et l’on aboutit à un constat d’échec.
Il faut donc relancer la pénibilité au niveau de la branche, voire même de l’entreprise. La reconnaissance de la pénibilité est importante à mes yeux parce qu’elle va permettre à des salariés dont le métier est vraiment « pénible » de pouvoir partir un peu avant. Là encore, il s’agit de lutter contre l’injustice.
Sur ce sujet, il n’est pas question de voir les salariés et les professions s’affronter dans les entreprises.
Comment procéder pour faire avancer ce dossier ?
Il faut que les partenaires sociaux se mettent autour de la table pour déterminer quels sont les métiers pénibles et ceux qui ne le sont pas, et cela dans la branche ou dans l’entreprise. Pour faire ce répertoire des métiers, ne demandons pas à un boulanger de négocier les conditions de travail d’un métallo et inversement !
Etudions l’espérance de vie : dans les métiers pénibles, celle-ci est raccourcie par rapport à la moyenne des salariés. Allons voir aussi du côté du travail en trois huit. Est-ce un facteur de pénibilité, oui ou non ? Dans ce cas, la prime donnée aux salariés vient-elle ou non compenser la pénibilité ? Il faudra trouver à chaque fois une juste appréciation des choses.
Et pour pouvoir maintenir un mécanisme qui puisse faire partir les gens avant, il doit y avoir de la solidarité dans l’entreprise. La branche peut ainsi poser un cadre et l’entreprise pourrait améliorer ce cadre.