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Interview de Joseph Crespo, Secrétaire général de la CFTC Métallurgie

12 janvier 2012

Joseph Crespo :
« la loi de 2008 doit être modifiée
car elle n’est pas juste »

Le rapport parlementaire du député Nicolas Perruchot a créé la polémique. Qu’en pensez-vous ?

Joseph Crespo : Suite à ce rapport non publié, les journaux disent que les organisations syndicales touchent 4 milliards au nom de la paix sociale, et que les citoyens les paient à ne rien faire.

Ils prétendent que les cotisations ne représentent que 3 à 4% des ressources des syndicats alors que c’est plutôt entre 12 et 20%.
Depuis 2008, une loi impose la représentativité : si aucune des fédérations n’atteint 8%, on ferme tout et il n’y a plus de syndicats. On n’a donc pas besoin du rapport Perruchot pour prendre conscience de cela.
De plus, avec cette loi, on ne peut toucher des subsides venant du paritarisme qu’à condition d’être représentatif.
Enfin, nous sommes tenus à la transparence financière. La Fédération a ainsi rendu publics ses comptes certifiés en les transmettant à la direction des Journaux Officiels.
Je m’adresse donc à M. Perruchot  et aux journalistes : pourquoi ne demandent-t-il pas aux partis politiques de justifier leur représentativité ? Pourquoi ne s’émeuvent-il pas du fait que si on réclamait à tous les partis politiques ce  8%, on n’aurait plus que deux partis politiques.
N’oublions pas que ces derniers ont bien moins d’adhérents que les syndicats. Quand à la presse, elle est aussi largement subventionnée !

Que voudriez-vous obtenir ?

J’aimerais que nous soyons tous sur un pied d’égalité. Il est inadmissible qu’un syndicat de salariés, pour exister, doit prouver qu’il est au-dessus de 8% alors qu’un syndicat patronal ou un parti politique n’ont pas à le faire pour obtenir des subventions.

En effet, concernant le financement des partis politiques, les textes officiels disent que « depuis 2003, l’argent public n’est octroyé qu’aux partis dont les candidats auront obtenu chacun au moins 1% des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions ». Et pour l’élection présidentielle, un candidat qui a obtenu plus de 5% des suffrages se verra remboursé 47,5% de ses frais de campagne. Sans compter le financement privé qui vient s’ajouter à ce financement public !

Une loi dure mais juste : nous sommes prêts à l’accepter ; mais pas cette loi de 2008, dure et injuste à la fois.

D’autres pays en Europe peuvent-ils offrir des modèles alternatifs ?

On n’arrête pas de nous dire que dans les pays nordiques et en Allemagne, le taux de syndicalisation est plus important : 54% en Belgique, 71% en Suède, 74% en Finlande, 67% au Danemark, 20% en Allemagne, 53% en Norvège etc. Dans ces pays bien souvent, l’appartenance à un syndicat est nécessaire si le salarié veut bénéficier des accords signés mais également de l’assurance-chômage, de l’assurance-maladie etc.

Alors si effectivement en France, et en particulier dans la métallurgie, les augmentations de salaire ne s’appliquaient qu’à ceux qui signent des accords, avec tout le respect que je dois à la CGT, ses adhérents auraient bien 500% de salaire en moins par rapport aux autres !

Un comble : aujourd’hui la CFTC, qui pratique la politique contractuelle, se fait traiter de « vendue » parce qu’elle accepte de signer pour des hausses de salaires de 2,5% !

Pensez-vous que l’on entretient cet immobilisme en France ?

Certainement et aujourd’hui nous en payons le prix fort car nous sommes la plus petite organisation syndicale. Non seulement nous avons essayé d’obtenir des avantages pour les salariés, mais en plus on cherche à nous mettre de côté.

Or qui a fait de l’immobilisme total ? La CFDT. En haut François Chérèque dit « oui » sauf que dans les entreprises, les syndicats ne disent pas « oui ». Quant à la CGT, son existence consiste à dire « non » à tout.

Ceux qui sont traités de « vendus » sont ceux qui ont essayé de contractualiser pour donner du pouvoir d’achat aux salariés. Nous, nous avons obligé les patrons à négocier, et les autres, ceux qui n’ont jamais voulu négocier, vont tirer leur épingle du jeu en se contentant de faire de la démagogie.

Qu’auriez-vous souhaité à la place ?

La loi de 2008 aurait dû permettre la création d’un « chèque syndical » pour le salarié : à lui de l’utiliser comme il le souhaite en adhérant à tel syndicat ou bien en ne l’utilisant pas. On aurait pu ainsi avoir à un chiffre de représentativité plus conforme à la réalité. Car on sait bien que dans les petites entreprises, organiser des élections coûte trop cher.

On ne peut dire : « un tel pèse tant » quand on sait que environ 90% des établissements de la métallurgie ont moins de 50 salariés et que dans une majeure partie d’entre eux, les salariés n’ont pas la possibilité de voter pour un syndicat.

Tout est fait dans l’intérêt des uns mais rien n’est fait de manière juste. Pourquoi sanctionner les syndicats d’entreprise au jour le jour et attendre 2014 pour mesurer les fédérations et confédérations ?

L’organisme chargé de collecter les résultats d’élections a dit qu’en 2013, il ne pourra donner avec certitude que 30% de la totalité des résultats. Or quelle que soit l’organisation en dessous de 8%, celle-ci demandera à être jugée sur 100% des résultats.

Ainsi confédération et fédérations continuent d’exister alors que des syndicats meurent les uns après les autres. Nous, nous pensons d’abord et avant tout aux entreprises, car on est persuadé qu’il faut y faire de la politique contractuelle.

Avez-vous des propositions pour régler ces problèmes ?

Ce que nous voulons, c’est que la CFTC soit reconnue comme un courant d’influence et que ce critère d’influence, comme le critère catégoriel pour la CFE/CGC, soit reconnu pour mesurer la représentativité de notre organisation. Je propose aussi que partis politiques et syndicats justifient tous les deux d’au moins 5% de représentativité (au lieu de 1à 5% d’un côté et 8 à 10% de l’autre).
 
Aujourd’hui, on constate que tout le monde veut revoir la copie, mais personne ne sait comment faire. Il faut profiter de l’élection présidentielle pour demander à tous les candidats de s’engager dans cette voie. A la CFTC, avec tous nos adhérents et leurs familles, nous sommes influents et notre poids électoral est un atout.

Un nouveau Conseil confédéral a été élu au Congrès de Poitiers. Vous êtes membre du bureau confédéral et 6 autres représentants de la Métallurgie font également partie du Conseil. Etes-vous satisfait de ce résultat ?

Nous avons avant tout accompli ce que le Conseil fédéral nous avait demandé. Les militants de la métallurgie que nous avons rencontrés étaient satisfaits. Nous avons fait aussi bien que la plus grosse fédération, celle du commerce, services et force de vente.

A quelles conditions ce mandat peut-il réussir selon vous ?

Ce mandat est celui de la représentativité. L’équipe doit être unie mais encore faut-il avoir cet unique projet en tête. Si toute l’équipe est bien mobilisée sur cet axe-là, alors on peut espérer être représentatifs. Nous n’aurons pas assez d’oxygène pour nous occuper du Medef, des ministères… D’ailleurs toutes ces personnes ne peuvent absolument rien pour nous. Notre priorité doit donc être la représentativité, rien que la représentativité.

Quel pourrait-être votre rôle au sein du bureau ?

Je souhaite que le Président me confie une tâche précise : la préparation du regroupement des branches qui un jour ou l’autre sera mis en oeuvre. En effet, dans de nombreuses branches, il n’y a plus aucune négociation, ce qui est contraire à l’intérêt des salariés. Dans l’industrie, il faudrait un regroupement entre métallurgie, chimie, plasturgie, textile, et pourquoi pas agro-alimentaire, pharmacie et énergie C’est un gros chantier, qui a déjà démarré au niveau européen, avec la FEM et son projet de Fédération européenne des syndicats de l’industrie manufacturière*, et au niveau mondial avec la FIOM (projet de nouvelle organisation mondiale de l’industrie). Il s’agit donc de s’y préparer. Rencontrons-nous entre fédérations CFTC de l’industrie et voyons comment nous pouvons travailler ensemble.

Propos recueillis par Véronique Lafon-Rémont pour le Métallo (n°133)

*Lire dans le Métallo n°131

 

 




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