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Interview de Joseph Crespo, Secrétaire général de la CFTC Métallurgie

 
 Octobre 2011 
"Si les salaires stagnent, alors il faut donner du pouvoir d’achat indirect aux salariés"

Fin août, le gouvernement a annoncé un plan d’austérité de 12 milliards d’euros censé limiter l’endettement public du pays. Concernant les heures supplémentaires, les allègements de charge seront moins avantageux pour les entreprises. Est-ce une bonne chose ?
Joseph Crespo : sur le fond, on ne peut être contre le fait que le gouvernement mette en place un plan d’austérité si l’objectif est de faire rentrer de l’argent en vue de redonner aux salariés l’espoir d’avoir un emploi, et si possible de diminuer le chômage.
 
Favoriser l’emploi des jeunes, c’est bien mais il faut être cohérent et permettre également aux seniors qui veulent prendre leur retraite de ne plus avoir à travailler. Nous sommes d’accord avec ce plan si dans le même temps, on essaie de donner du pouvoir d’achat indirect aux salariés. Les salaires n’augmentent pas, mais alors il faut que par des moyens indirects, les ménages aient un pouvoir d’achat plus conséquent.
Lorsque l’on dit que les heures supplémentaires seront
moins intéressantes pour les entreprises, cela veut dire qu’à terme celles-ci vont supprimer ces heures supplémentaires. Vont-elles embaucher pour autant ? Non.
Le gouvernement fait un pas en avant, et deux pas en arrière. Avec ce plan d’austérité, les Français vont faire un effort, mais il ne se passera rien.
 
Que pensez-vous de la "taxe exceptionnelle" de 3% sur les revenus du travail et du capital des ménages les plus aisés, quand ils dépassent 500 000 euros par an ? Cela devrait rapporter deux cent millions aux caisses de l’Etat.
On ne peut être contre cette taxe, mais ce n’est pas cela qui va nous faire retrouver le sourire. C’est une «mesurette» qui n’aura aucun impact pour le retour à l’équilibre budgétaire.
 
Etes-vous choqué par les mesures annoncées sur la hausse de la taxe sur les complémentaires santé ?
Concernant les mutuelles, la taxe sur les contrats de santé dits «responsables et solidaires» était de 3,5%, elle doit passer à 7%. Pour nous, le principe est clair : les salariés ne doivent pas mettre la main à la poche. Il faut donc trouver des solutions pour que l’on ne diminue pas les prestations.
1/ Les instituts de prévoyance ont des réserves importantes. Ils pourraient participer en puisant dans leurs réserves, au titre de la solidarité.
2/ Des négociations pourront s’ouvrir avec les employeurs.
3/ Les CE doivent aussi entrer en jeu : ne peuvent-ils prendre en charge une partie de l’augmentation, au moins pour la part salariale ? Les CE d’EDF ou de la SNCF ont par exemple d’énormes réserves. Dans ce cas, ils doivent jouer un rôle social.
Si toutes les parties conjuguent leurs efforts, cela ne devrait rien coûter aux salariés.
 
Est-ce malgré tout judicieux de ponctionner sur la santé ?
Il faudra bien que les partenaires sociaux prennent position sur ce sujet. A quoi les salariés ne veulent-ils pas que l’on touche ? Les enquêtes d’opinion montrent qu’ils veulent avant tout préserver l’emploi, puis le pouvoir d’achat, la santé et le logement.
Aujourd’hui, dans cette période d’austérité, je pense qu’il est nécessaire de pousser les entreprises à prendre de nouvelles mesures pour que l’on puisse augmenter le pouvoir d’achat d’une autre manière. Par exemple, la création par les entreprises de crèches ou de logements pour les salariés permet aux salariés de faire des économies pour faire garder leurs enfants ou se loger.
 
"Si on ne relance pas la consommation, difficile de relancer l'emploi !"
 
Les ménages, lit-on dans le quotidien économique La Tribune, devraient payer les deux tiers de la facture et les entreprises un tiers. La consommation des ménages est elle aussi impactée (à travers la fiscalité sur l'alcool, le tabac, les sodas…). Quelles seront à votre avis les conséquences pour les salariés ?
Bien des mesures ne sont que symboliques. Ce sont les ménages qui vont payer, et parmi les ménages, ce sont les classes moyennes les plus touchées. Or ce sont elles qui vont voter en grand nombre. Il ne faudra pas s’étonner s’il y a des surprises.
 
Selon vous, ce plan menace t-il la croissance et l’emploi ?
Dans tous les cas, il ne peut créer de l’emploi et donc contribuer à la baisse du chômage. Si on ne relance pas la consommation, difficile de relancer l’emploi. Ce sont les PME et TPE, ne l’oublions-pas, qui créent le plus d’emplois*.
Les salariés sont prêts à participer aux efforts, si en contrepartie, les entreprises et notamment les PME créent de l’emploi. Or ce plan de rigueur ne va pas les aider à investir, d’autant que les PME subissent une fiscalité plus lourde que les grandes entreprises.
 
Selon la presse économique, les entreprises prévoient une progression de 3 % de leurs budgets d'augmentations salariales en 2012. Cela pourrait t-il compenser les prélèvements sur les ménages ?
Les entreprises prévoyaient au départ une augmentation des salaires autour de 3%. C’était l’espoir pour les négociateurs d’augmenter le pouvoir d’achat. Mais vu les annonces du plan de rigueur, je ne vois pas comment les entreprises vont arriver à la table des négociations avec en tête l’idée d’augmenter les salaires.
 
Souhaitez-vous dire un mot sur le congrès confédéral de la CFTC, du 15 au 18 novembre à Poitiers ?
Une équipe se présentera. Il faut vraiment que ce Congrès reflète l’union des syndicats, car plus nous avançons dans le temps, plus nous ne sommes pas assurés d’être représentatifs.  Et plus nous serons désunis, plus nous aurons de "chance" de ne pas être représentatifs.
Une chose est sûre, le poids de la métallurgie sera très important : tout le monde sait en effet que l’ensemble des syndicats de la métallurgie ont toujours été unis dans leur choix. Dans ce Congrès, le choix de la métallurgie sera donc prépondérant. J’incite les Métallos, dans nos discussions, à maintenir cette unité.

* 2,3 millions d'emplois ont été créés dans les PME ces vingt dernières années sur un total de 2,8 millions. 35% de croissance des effectifs sont notés dans les PME pour une population active en hausse de seulement 10% (chiffres OSEO)

Propos recueillis par Véronique Lafon-Remont pour le journal Le Métallo