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Joseph Crespo : « Rénover oui, mais pas en trois mois »



Juin 2017
 

 
Entretien avec Joseph Crespo, 
président de la Fédération CFTC Métallurgie
 

Le 6 juin, le Premier ministre et la ministre du travail ont transmis aux partenaires sociaux leur « programme de travail pour rénover notre modèle social ». Que pensez-vous de ce programme ?

Joseph Crespo : Je suis assez dubitatif. Je peux comprendre certaines choses. Il y a le fond et la forme. Expliquer que dans une feuille de route, on met 6 ou 7 points et que l’on espère que l’été se termine le 20 septembre... Je ne crois pas que l’on puisse traiter avec le recul nécessaire des sujets aussi importants :

- Favoriser l’accord d’entreprise par rapport à l’accord de branche.

- Remettre en cause les instances représentatives du personnel.

Cela vaut le coup de se poser la question et de prendre le temps. Ce sont des sujets vraiment d’actualité mais je ne crois pas raisonnablement que l’on puisse les régler en trois mois.

Je constate que le nouveau pouvoir exécutif veut bien la concertation mais pas la négociation ! Il considère aujourd’hui que c’est l’Assemblée nationale qui va décider, pas les syndicats. Avec une large majorité à l’Assemblée nationale, effectivement tout peut être bouclé en trois mois. Ce qui se passera ensuite, cela je ne le sais pas.

Comme nous l’avions pressenti sur la couverture du précédent numéro du Métallo, 2017 c’est le Big Bang, et après ? Nous en sommes là aujourd’hui.

 
 Le danger de la concertation, c’est « je vous consulte et ensuite je fais ce que je veux »

 

Du 9 juin au 21 juillet, avant les ordonnances adoptées « à la fin de l’été », se déroule une phase de concertation avec les partenaires sociaux. Pensez-vous que les conditions sont réunies pour que cette concertation soit utile et permette d’aboutir à un consensus ?

Concernant les mesures que le gouvernement veut prendre, nous avons été reçus par le Premier ministre et le ministre du travail. Pour la CFTC, il n’est pas question de fusionner les IRP existantes. Demain une des IRP les plus importantes sera le CHSCT (conditions de travail, prévention face aux risques etc.). On ne peut pas tout mélanger et tout réunir en un seul ensemble. Nous l’avons dit au Premier ministre.

Ensuite, concernant les branches, même si nous comprenons que l’on doit donner de la liberté aux entreprises - ce qu’elles ont déjà - nous rappelons le rôle très important de l’accord de branche et le fait qu’en aucun cas l’accord d’entreprise ne peut s’y substituer. Là-dessus, nous sommes prêts à discuter, et nous le faisons déjà avec le dispositif conventionnel de la métallurgie au niveau de l’UIMM. Nous sommes même un peu en avance.

Mais croyez-vous en l’utilité de cette concertation ?

Le danger de la concertation, c’est « je vous consulte et ensuite je fais ce que je veux ». On ne peut pas être d’accord.

Quand le Premier ministre dit qu’ils vont travailler par ordonnance : je consulte les gens, je me fais ma propre idée, l’Assemblée nationale tranche et l’on passe à autre chose. Il n’y aura pratiquement plus de négociations interprofessionnelles et même dans la branche, le principal sera fait par ordonnance et ensuite cela se passera dans l’entreprise. Les organisations syndicales seront mises de côté.
 
 
"Représentativité : il faut légiférer par ordonnance afin de rétablir l’équité entre syndicats et partis politiques"
 
 
 
Quelle pourrait être la réponse des syndicats ?

Je ne suis pas pour mettre de l’huile sur le feu. Mais si cela va trop loin, nous ne pourrons pas faire autrement que de prendre nos responsabilités.  Le syndicat est fait pour négocier. Je comprends qu’aux yeux du nouveau président, le syndicat est là uniquement pour « conserver ». Il les loge tous à la même enseigne, alors qu’il pourrait voir avec certains ce qui est faisable. Ce serait utile qu’au moins l’une des ordonnances remette en cause la représentativité qui nous a été imposée. Car le but de cette représentativité, c’est la bipolarisation : les gros continuent de manger les petits.

Les systèmes et les lois doivent être justes et équitables. Prenons un exemple : pourquoi reconnait-on la représentativité d’un parti politique et donc son financement à partir du moment où il obtient 5% des voix, alors qu’un syndicat n’est représentatif qu’avec 10% dans les entreprises et 8% dans les branches ? Je demande donc au gouvernement de légiférer par ordonnance afin de rétablir l’équité : ou bien les partis politiques sont représentatifs à partir de 8 ou même 10%, comme les syndicats, ou bien l’ensemble du monde politique et syndical est logé à la même enseigne et c’est le chiffre de 5% qui est la règle pour tous.


 
IRP : On ne peut pas tout mélanger et tout réunir en un seul ensemble"
 
 

Le gouvernement cherche t-il à diminuer le nombre de représentants dans les entreprises ?

S’ils veulent faire du 4 en 1 avec CE, DS, DP, CHSCT… il ne faut quand même pas confondre les choux et les navets. Au niveau d’un CE, il y a deux choses : les décisions qui doivent être prises au sein de l’entreprise et puis il y a le CE en tant qu’œuvre sociale où nous devons être proches des salariés. Le délégué du CE est une personne qui, pendant son mandat au CE, sort de son syndicat. Il est là pour s’occuper du bien commun et défendre l’intérêt de tous les salariés.

Cette mise en commun serait valable dans les TPE uniquement, à la condition que l’on  mutualise les entreprises autour d’un périmètre restreint. Si on arrivait à faire cela, cela vaudrait le coup d’étudier si on ne peut pas effectivement avoir un référent pour 20 entreprises de 10 salariés. En mutualisant tous les moyens, le référent pourrait s’occuper du social au sein de ces entreprises. Et réduire l’injustice qui existe entre salariés des grandes et des petites entreprises.

Aujourd’hui le projet du nouveau président, s’il est mis en œuvre jusqu’au bout, doit déboucher sur une contrepartie. L’ensemble des patrons pourrait admettre qu’il est utile de mutualiser. Mais veut-on un syndicalisme d’évolution ou un syndicalisme de conservatisme ?

Justement, à votre avis, comment évoluera le syndicalisme à l’avenir ?

Aujourd’hui le rôle d’un syndicat c’est de réfléchir à la manière de co-gérer et co-construire l’entreprise et non pas uniquement aux avantages que l’on peut tirer de l’entreprise.

Nous sommes arrivés au bout d’un système, il faut changer. Or la loi sur la représentativité, elle favorise le conservatisme. Si je suis CGT, pourquoi voulez-vous que je change de discours ? Je montre mes muscles et je bloque les stations services en plein week-end de l’Ascension. Résultat : beaucoup d’embouteillages et des automobilistes exaspérés.

Le nouveau président veut démontrer qu’il s’en fiche de l’interprofessionnel et de la branche. Par exemple, c’est inutile de convaincre des syndicats d’aller à des négociations. Il est convaincu (à juste titre ou pas), que le système dans lequel nous avons vécu, c’est fini. Donc à partir du moment où c’est fini, plus vous ramenez les négociations à l’endroit où cela se passe, c’est-à-dire au plus près des salariés, mieux les partenaires sociaux pourront défendre les intérêts communs.

Le syndicat de demain devra être un syndicat d’expert. A partir des données présentées par la direction sur les comptes, les ventes, les commandes, les prévisions à 5 ans etc., le syndicat doit expertiser afin de déterminer si ce qui est dit et déclaré est vrai ou pas. On accepte ou pas ce qui est déclaré et on négocie.

Et comment fait-on dans les petites entreprises où il y n’y a pas de syndicats experts ?

Pour elles, il y a le cabinet d’expertise. Si l’entreprise fait un plan social, c’est l’entreprise qui paie l’expertise. Les bénévoles et les retraités (pardon pour eux), c’est fini. Il faut des gens qui sachent de quoi ils parlent.

A partir du moment où les systèmes que nous avons connus sont morts, c’est tout le système qui est mort. Est-ce que l’on continue à avoir des syndicats départementaux ou est ce que l’on dit plutôt : la fédération gère l’ensemble de ses adhérents et en contrepartie, elle met à disposition des moyens ? Si la petite entreprise a besoin d’un expert, alors la fédération envoie un expert.

C’est une centralisation ?

C’est nécessaire s’il faut fournir de l’expertise. Chez IG Metall, dans toutes leurs négociations, ils font admettre qu’un expert d’IG Metall peut être présent à toutes les réunions. C’est le cas par exemple dans tous les comités européens.

Que pensez-vous de la réforme du dispositif conventionnel dans la métallurgie ?

Je pense que l’UIMM est mandatée par les grandes entreprises, c’est-à-dire celles qui ont le plus d’influence.  Aujourd’hui l’accord d’entreprise est un tout et les accords ont plus de 30 ans. Si vous dénoncez une partie de l’accord, vous dénoncez le tout. Nous sommes à la fin d’un système de relations sociales (où l’entreprise amenait son salarié jusqu’à la retraite en le fidélisant et en lui donnant des avantages). Je suis convaincu que les entreprises ont mandaté l’UIMM pour construire une nouvelle convention. Quand ce sera la fin de l’ancien dispositif, les responsables des grandes entreprises vont demander à leurs syndicats de revoir leurs accords.

Dans les ordonnances, le gouvernement entend modifier les primes, les paniers etc. L’organisation du travail en équipe, par exemple, cela a un coût. Tous ces changements sont un sujet d’inquiétude. Les classifications actuelles ont 40 ans. Mais pourquoi faudrait-il aller à marche forcée ?

Que pensez-vous de l’idée de faire primer l’accord d’entreprise sur l’accord de branche (sauf dans un nombre restreint de domaines) ?

Un nouveau système se met en place. Par exemple demain une société va vouloir recruter une centaine de salariés pour un projet d’une durée de trois ans. La protection sociale individuelle sera calibrée pour répondre à un besoin donné. Et plus le temps passera, plus les groupes de protection sociale vont devoir s’adapter pour faire de l’individuel ou bien ils disparaîtront au profit des assureurs. En effet aujourd’hui les entreprises ne veulent plus gérer le social.

Avec le développement des contrats à la mission, les entreprises pourront se séparer des personnels quand la mission sera terminée. Il y aura une généralisation des interims. Le CE continuera à vivre. Mais soit les syndicats démontrent qu’ils sont utiles soit ils disparaîtront. Pour le salarié, ce sera tellement difficile au quotidien qu’il fera davantage confiance à la négociation d’entreprise. Et moins nous aurons recours au référendum d’entreprise, mieux ce sera. En revanche il faut du dialogue pour pouvoir trouver des solutions.

Et que restera-t-il à la branche ?

Le rôle de la branche c’est de combattre l’injustice pour les plus faibles. Donc il y a des minima en-dessous desquels on ne peut pas aller. La formation professionnelle, c’est un droit pour tous. L’objectif, c’est qu’un jour nous n’ayons plus besoin de Pôle emploi grâce à des passerelles à créer entre toutes les industries via la formation professionnelle.

 

La Fédération organise en 2017 une série de Forums régionaux consacrés notamment à la réforme du travail. Le premier s’est déroulé le 11 mai à Marseille (lire en pages 26 et 27), le second se tiendra le 5 octobre à Forbach. Pourquoi est-ce important pour nos militants de bien maîtriser ces sujets ?

Il faut que nos militants soient performants, à la pointe de ce qui va se passer, car le salarié est sur le qui vive. Nous voulons donc donner plus de bagages aux militants, perfectionner  leur caisse à outils. Et il faut également que nos militants nous aident à gagner la représentativité. Ils font déjà beaucoup et nous leur demandons de faire un peu plus. Nous les renseignons sur l’importance de la représentativité et sur le rôle qu’ils peuvent jouer pour la faire grandir.
 
 
Cet entretien paraîtra dans le Métallo n°155
Propos recueillis par Véronique Lafon-Rémont