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Joseph Crespo : « Il faut inventer un nouveau mode de relations sociales »

 
 
Avril 2016
 
Entretien avec Joseph Crespo,
président de la Fédération CFTC Métallurgie
 

L’actualité sociale est dominée par le projet de réforme du droit du travail que veut faire voter le gouvernement. De nombreuses voix syndicales s’élèvent contre ce projet et contestent les transformations envisagées, par exemple le plafonnement des indemnités prud'homales, l'encadrement des licenciements économiques etc. Que pensez-vous de ce projet de loi et de ces réactions ?

Joseph Crespo : ce qu’il faut avant tout, c’est remettre les choses dans l’ordre. Un projet de loi implique la consultation des syndicats. Je renvoie tout le monde au doctionnaire Larousse : « Consulter : demander à quelqu'un son avis, son conseil, chercher des renseignements auprès de lui ; interroger. ». Autrement dit : «je te vois, et ensuite tu te retires, je n’ai plus besoin de toi ». C’est notre rôle à nous, syndicats, dans tout ce qui a trait aux relations sociales et au bien des salariés.

Venons-en au projet de loi. Celle-ci est votée par les députés. Nous syndicats devons avoir une seule chose en tête : faire travailler nos juristes et faire appel à notre expérience de syndicalistes, afin d’apporter clés en mains aux députés et sénateurs les modifications qu’ils pourraient faire au Parlement, car ce sont eux qui votent. la loi. Si les députés tiennent compte des modifications proposées, cette loi peut être transformée et améliorée. Donc arrêtons de tromper les gens.

Une fois que la loi est votée, si elle ne convient toujours pas, il est encore possible d’aller dans la rue et de faire pression pour qu’elle soit retirée. Quant au président de la République, il peut de son côté soumettre au référendum le projet de loi ou éventuellement dissoudre l’Assemblée nationale. Il y en a des solutions, à chacun son métier !
 
 
"La politique contractuelle que l'on a vécue est arrivée à son terme"

Le Congrès de la Métallurgie CFTC se tiendra les 18 et 19 mai à Marseille. Quels sujets souhaitez-vous aborder en priorité avec nos syndicats ?

Le sujet qui me semble le plus important, c’est la politique contractuelle que l’on a vécue et menée depuis plus de 30 ans. Elle est arrivée à son terme. Rien ne serait pire que de se complaire dans le conservatisme. Il faut inventer un nouveau mode de relations sociales pour le bien des salariés et des entreprises. Il faut que nos syndicats, d’une part soient convaincus, et d’autre part nous donnent des pistes d’actions. Nous avons une réflexion à mener sur les quatre générations qui sont au travail en même temps. Jamais cela ne s’était produit auparavant. Et forcément, les attentes des unes et des autres sont différentes. Quelles sont ces attentes ? Comment les coordonner pour le bien de tous ? De notre temps, c’était simple : il y avait chaque année les augmentations salariales, générales et individuelles. Aujourd’hui ce n’est plus vrai. Nous devons trouver le bien commun et rétablir un dialogue social pour que tout le monde s’y retrouve.

Cela signifie t-il qu’il faut supprimer les négociations annuelles obligatoires (NAO)?

Non, les NAO, il faut les conserver. La NAO c’est une enveloppe. Par exemple, la direction dit : « Cette année, je mets à disposition 3% de la masse salariale ». Les syndicats et la direction doivent se mettre d’accord sur ce qui importe le plus aux yeux des salariés et mérite que l’on y consacre tout ou partie de cette enveloppe. Autrefois, c’était les augmentations générales, les augmentations individuelles, l’intéressement, la participation. Au fil des ans, on a ajouté des sommes pour la santé, la mutuelle etc. Mais aujourd’hui cela ne marche plus. Il faut donc inventer quelque chose, garder l’enveloppe et dire ce que l’on souhaite. Par exemple apporter une garantie pour la dépendance, 1% de la masse salariale pendant x temps. Ou encore développer une politique pour les jeunes, concernant le logement etc. Bref sortir des solutions classiques et répondre aux attentes des salariés.

 "Si les syndicats font leur travail, la direction ne cherchera pas à le faire à leur place"
 

Et quid du référendum, pour demander directement aux salariés ce qu’ils en pensent ?

Si les syndicats font leur travail, la direction ne cherchera pas à le faire à leur place. Il y a référendum quand les syndicats ne savent pas quoi faire et que la direction dit alors : « On fait un référendum ». Mais si les représentants des salariés maîtrisent les sujets, la question du référendum ne se pose pas.

A partir du moment où la loi a donné des moyens aux syndicats, nous devons nous entourer de spécialistes et d’experts.

Les élections professionnelles dans les très petites entreprises (TPE) se dérouleront en décembre prochain. Comment mobiliser nos militants et adhérents pour améliorer notre représentativité dans les TPE ?

Les élections dans les TPE relèvent des Unions départementales (UD). Si les UD étaient organisées, alors l’ensemble des organisations qui font l’Interpro devraient donner tous les moyens nécessaires aux UD. La question centrale, c’est : « Les UD ont-elles des projets ? » La Fédération est prête à mettre des moyens à la disposition des UD qui ont un vrai projet. Nous avons également des Métallos à peu près  partout et nous pouvons leur demander d’aider les UD dans cette campagne qui s’adresse aux salariés des TPE de leur région.

Les services de l’automobile comptent de nombreuses TPE. On sait que ces TPE sont pourvoyeuses d’emplois, mais que malheureusement elles ne bénéficient pas d’aides financières aussi généreuses que celles accordées aux grandes entreprises. Est-ce que ce sujet ne mériterait pas une action commune des représentants des salariés et des patrons de TPE auprès des pouvoirs publics ?

La force des TPE, ce serait qu’à un moment donné, elles reconnaissent les organisations syndicales. Or ce que l’on entend, c’est : « surtout pas de syndicats ». Pourtant il y a belle lurette que nous aurions pu essayer d’organiser une présence syndicale en mutualisant les entreprises. Cette union entre les syndicats, les patrons et les salariés de TPE aurait pu être une force pour défendre leurs entreprises.

Aujourd’hui, certaines PME sont également en difficulté par rapport aux grandes entreprises, notamment quand ces dernières externalisent des productions ou des services. De nombreux sous-traitants sont étranglés et se retrouvent seuls. Or pour être forts, il faut être unis. D’ailleurs, le syndicalisme, en théorie, c’est défendre l’intérêt commun. Le problème, c’est que nous ne sommes reconnus ni par les salariés, ni par les patrons et encore moins par les média !

Concernant la représentativité de la métallurgie CFTC pour l’ensemble des entreprises, nous serons fixés en 2017. Que peuvent faire les syndicats et les militants d’ici là pour parvenir ensemble à cet objectif ?

Si tous les militants de la CFTC restent unis et convaincus, si tous les jours, pour reprendre une expression qui m’est chère, ils rentrent dans la mine avec leur piolet et s’ils creusent, alors forcément les pépites vont tomber. De ce point de vue, je suis convaincu que nous serons debout et au-dessus de 8% des voix pour être représentatifs dans la branche.

Airbus Group vient de lancer un programme de recherche d’une durée de quatre ans visant à développer des « robots humanoïdes manufacturiers ». A moyen et long terme, le développement de la robotisation et de l’automatisation dans l’industrie ne représente-t-il pas un danger supplémentaire pour les emplois d’aujourd’hui et de demain ?

Nous ne pouvons pas lutter contre la robotisation, en revanche nous pouvons anticiper. Que signifie le thème de notre Congrès : « Dans un monde en bouleversement, construisons un nouveau contrat social » ? En clair, soit nous voulons demeurer des conservateurs en répétant : « tu ne toucheras à rien » et là, malgré tout, on n’empêchera pas les changements ; soit nous prenons les sujets à bras le corps.

Dès aujourd’hui, posons-nous la question : que fait-on des gens au travail actuellement et qui vont être remplacés par des robots ? Nous avons des tas d’outils pour y répondre : par exemple la formation, la GPEC… Travaillons également sur de véritables accords de mobilité et de véritables passerelles qui permettent par exemple au salarié de passer de la métallurgie au bâtiment, à l’agro-alimentaire ou à la chimie. C’est faisable : rappelons-nous que la formation c’est 37 milliards d’euros. L’important c’est de ne pas passer par la case chômage. Dans tous les cas de figure, si nous nous y préparons en amont, nous avons toutes les chances d’avoir un jour un « copain » robot, mais nous serons bien là à ses côtés, et pas en dehors ! Le robot a un avantage et un inconvénient : s’il est programmé pour faire quelque chose, il n’est programmé que pour cela. Il ne vous fera pas les options. Et puis réfléchissons : comment peut-on travailler ensemble, l’humain et le robot ? C’est le rôle de la CFTC de trouver les compromis.

Donc ils ont dit qu’il y aurait des robots ? Chiche ! Nous allons mener des études pour savoir comment nous pourrons garder nos salariés. Si par exemple nous avons 50 000 salariés, et qu’il faut se procurer 10 000 robots, et bien demain nous aurons encore 50 000 salariés aux côtés des 10 000 robots: il faudra trouver un compromis !
 
 
Propos recueillis par Véronique Lafon-Rémont pour le Métallo (n°150)